Les plaideurs

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Les plaideurs

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Ma foi ! sur l’avenir bien fou qui se fiera :
Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.
Un juge, l’an passé, me prit à son service ;
Il m’avait fait venir d’Amiens pour être Suisse.
Tous ces Normands voulaient se divertir de nous :
On apprend à hurler, dit l’autre, avec les loups.
Tout Picard que j’étais, j’étais un bon apôtre,
Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.
Tous les plus gros monsieurs me parlaient chapeau bas ;
« Monsieur de Petit Jean« , ah ! gros comme le bras !
Mais sans argent l’honneur n’est qu’une  maladie.
Ma foi ! j’étais un franc portier de comédie :
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait pas chez nous sans graisser le marteau.
Point d’argent, point de Suisse, et ma porte était close.
Il est vrai qu’à Monsieur j’en rendais quelque chose :
Nous comptions quelquefois. On me donnait le soin
De fournir la maison de chandelle et de foin ;
Mais je n’y perdais rien. Enfin, vaille que vaille,
J’aurais sur le marché fort bien fourni la paille.
C’est dommage : il avait le coeur trop au métier ;
Tous les jours le premier aux plaids, et le dernier
Et bien souvent tout seul ; si l’on  l’eut voulu croire,
Il y serait couché sans manger et sans boire.
Je lui disais parfois  » Monsieur Perrin Dandin,
Tout franc, vous devez vous lever tous les jours trop matin.
Qui veut voyager loin ménage sa monture.
Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure« .
Il n’en a tenu compte. Il a si bien veillé
Et si bien fait qu’on dit que son timbre est brouillé
Il nous veut tous juger les uns après les autres.
Il marmotte toujours certaines patenôtres
Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré, mal gré,
Ne se coucher qu’en robe et qu’en bonnet carré.
Il fit couper la tête à son coq de colère
Pour l’avoir éveillé plus tard qu’à l’ordinaire ;
Il disait qu’un plaideur dont l’affaire allait mal
Avait graissé la patte à ce pauvre animal.
etc…

Acte premier – Scène 1
(Petit Jean traînant un gros sac de procès)

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Racine   ,dans cette pièce, a voulu ridiculiser les gens de Justice.
Cette pièce écrite en 1668, connu des débuts difficiles. Elle semblait irrémédiablement condamnée…
Les comédiens, appelés à la Cour,  osèrent la jouer devant le Roi. qui « y fit grands éclats de rire« …
Le suffrage du roi et de la cour entraîna celui de Paris. Quand elle y fut rejouée elle connut un franc succès qui ne se démentit plus dans la suite quand la Comédie Française l’avait à l’affiche.

                                

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Racine (1639-1699) fut un orphelin élevé par les religieuses des Petites Écoles du monastère de Port-Royal. Ensuite il fit de sérieuses études. Entré à Paris il fit présenter sa première pièce  La Thébaïde (1664) puis Alexandre (1965) La période des dix années qui suivirent sont les plus fécondes de sa carrière : AndromaqueLes Plaideurs, Britannicus, Bérénice, Bajazet, Mithridate, Iphigénie et Phèdre (1967) dont l’échec  détermina le poète à renoncer pour longtemps au théâtre. Après des démêlés divers (rivalité avec Corneille notamment), il  se maria en 1677 et consacra sa vie à sa famille, l’éducation de ses nombreux enfants et l’écriture d’ouvrages dramatiques à la demande de Mme de Maintenon : Esther (1689) et Athalie (1691).

Les critiques considèrent que l’auteur a restitué  à la scène tragique sa véritable dimension… celle que lui avait conféré les Grecs en considérant la passion amoureuse comme une fatalité infernale génératrice de haine et de destruction. Il est le véritable créateur de la tragédie française.

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