Rien qu’une femme

FRANCIS  CARCO
*
Poète, écrivain, journaliste, critique littéraire…
N
é le 3 juillet 1886 à Nouméa
Décédé le 26 mai 1958 à Paris

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*

C’est, à coup sûr, ce soir de mi-carême, bruyant et pluvieux, que le diable entra chez nous. Je le vis. Il courait après Mariette, une de nos servantes, et s’engouffra, derrière elle, dans la maison ; j’en eus une frayeur atroce mais, à ma grande surprise et malgré les cris que jetait Mariette, nulle odeur de brûlé ne me révéla sa présence et rien, durant un certain temps, ne nous arriva d’extraordinaire si ce n’est que les affaires, sans aller mal, prirent une tournure capricieuse à laquelle personne de nous n’était habitué.

J’avais alors quinze ans. Ma mère tenait, près de la gare, un hôtel de voyageurs très réputé dans la région pour la bonne chère qu’on y faisait, la propreté des chambres, les service empressé des domestiques et la modicité des prix. La vie, en ce temps-là n’était pas celle qu’elle est aujourd’hui…..

…/…

Je vis bien qu’ils parlaient de moi. Alors je fis un pas, puis deux, puis je me mis à marcher sans but, entre les boutiques dont certaines étaient éclairées.
Une nuit douce, tiède, semée d’étoiles et parcourue, parfois, d’une brise légère baignait la rue. Des gens assis devants des portes me regardaient passer…
Chacun sa vie, n’est-ce pas ? …chacun sa peine.
La mienne ne m’attendrissait pas comme on l’eût pu penser.

Seulement, quand deux ivrognes qui me suivaient et s’exprimaient avec la tranquille impudeur d’une conversation, longuement débattue dans les vapeurs du vin, tombèrent d’accord sur cette phrase qui m’atteignit comme à dessein :
« Bien sûr…maquereau ! Maquereau ! té, aussi, toi , c’est pas toujours commode ! »
je pressai un peu plus l’allure.

(Livre de poche : première ligne et fin/page178).

 

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Il a écrit une centaines de livres (poésie, roman,…) et des chansons ;
Il se définissait comme :
«  un romantisme plaintif où l’exotisme se mêle au merveilleux avec une nuance d’humour et désenchantement ».
Dans ses livres transparaît l’aspiration à un ailleurs : 
« Des rues obscures, des bars, des ports retentissant des appels des sirènes, des navires en partance et des feux dans la nuit ».
L’enfant battu par son père corse consacra sa vie aux minorités et en fit souvent le sujet de ses romans : Canaques, témoins de ses premières années à Nouméa, prostitués, mauvais garçons…

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